Textes non publiés. Dernière vérification le 3 octobre 2026.Voir le suivi

Pourquoi le PASS et la LAS sont supprimés

Deux rapports institutionnels, l'un de la Cour des comptes en décembre 2024, l'autre du Sénat, ont documenté l'échec du dispositif né en 2020. Voici leurs chiffres.

Page mise à jour le · Textes vérifiés le

Ce que la réforme de 2020 promettait

En supprimant la PACES au profit du PASS et de la LAS, la réforme de 2020 poursuivait quatre objectifs affichés : réduire le gâchis humain du redoublement, diversifier les profils des futurs soignants, ouvrir des poursuites d'études aux étudiants non admis, et augmenter le nombre de professionnels formés grâce au numerus apertus, qui remplaçait le numerus clausus.

Ce que la PACES représentait

Pour mesurer le point de départ : en 2019, la dernière année de PACES concernait 57 000 étudiants pour environ 9 700 places en médecine, 1 000 en maïeutique, 1 400 en odontologie et 3 900 en pharmacie.

Le numerus apertus n'existe plus

Il a été supprimé par la loi Neuder du 27 juin 2025. Les capacités de formation des universités ne sont plus le mécanisme central : ce sont désormais les besoins de santé du territoire qui commandent, sur avis conforme des agences régionales de santé et des conseils territoriaux de santé, lesquels peuvent exiger une hausse des capacités. Le détail du cadre juridique.

Le constat de la Cour des comptes, décembre 2024

34 %des étudiants en PASS intégraient la santé après la 1re année, en 2022
19 %des étudiants en LAS, la même année
1 100places vacantes environ en 2e année de pharmacie
×3d'étudiants redoublant leur deuxième année depuis la réforme

L'hétérogénéité, en chiffres

Le titre exact du rapport dit déjà l'essentiel : « L'accès aux études de santé, quatre ans après la réforme, une simplification indispensable ». La Cour relève que 29 universités sur les 36 dotées d'une UFR de santé ont combiné le PASS et la LAS, chacune avec son propre vocabulaire. En 2024, 21 % des nouveaux bacheliers ont formulé un vœu PASS ou LAS sur Parcoursup.

Les effets sur les admissions sont contrastés selon les filières : hausse en médecine de 18 % et en odontologie de 14 %, mais baisse en pharmacie de 6 % et en maïeutique de 2 %.

La Cour relève également le coût pour les familles : près de 10 000 euros pour une rentrée en PASS en 2026, plus de 3 900 euros pour une rentrée en LAS. Ces montants intègrent les frais d'inscription, le logement et, très souvent, une préparation privée.

Les recommandations de la Cour

  • déployer une voie unique d'accès dès 2026 ;
  • la composer de 45 à 50 ECTS de majeure santé et de 10 à 15 ECTS de mineure hors santé ;
  • interdire le redoublement en première année ;
  • harmoniser nationalement les LAS et fermer celles dont le taux d'admission est trop faible ;
  • expérimenter un accès direct en pharmacie et en maïeutique dès 2025.

Le gouvernement n'a pas suivi la Cour sur deux points

La licence portail santé retient un bloc santé de 24 à 30 ECTS, très en deçà des 45 à 50 préconisés. Et elle réautorise le redoublement, que la Cour proposait d'interdire. Le point commun, en revanche, est la voie unique et l'expérimentation pharmacie.

Le constat du Sénat

Le rapport sénatorial accompagnant la proposition de loi relative aux formations en santé dresse un bilan plus large.

La réussite n'a progressé qu'à la marge

Avant la réforme de 2019, 12 % des étudiants intégraient les filières médicales à la première tentative. Cinq ans après, 63 % des étudiants perdent une année, contre 79 % auparavant. Le gâchis a reculé de seize points, il n'a pas disparu.

Aucune diversification sociale

C'est le constat le plus sévère, parce qu'il vise l'objectif central de la réforme. La part d'étudiants issus de zones rurales a reculé, de 22 % à 21 %. Les étudiants de LAS 1 réussissent nettement moins bien que ceux de PASS, ce qui installe une hiérarchie de fait entre les deux voies alors qu'elles étaient censées être équivalentes.

Des places vacantes et une fuite vers l'étranger

28 %de places vacantes en pharmacie en 2021-2022, ramenées à 14 % en 2022-2023
5 000étudiants français en médecine à l'étranger
3 600étudiants français en masso-kinésithérapie à l'étranger
0,1 %d'admis par les passerelles en médecine

L'hétérogénéité, critique centrale

Il y a autant de déclinaisons que d'universités.

C'est cette phrase qui résume le diagnostic. Le PASS et la LAS étaient un cadre national appliqué de façon si variable qu'aucun lycéen ne pouvait comparer deux universités sur des bases équivalentes, ni anticiper ses chances réelles.

Ce que propose le Sénat

  • Article 1 : une voie unique d'accès, sous forme de licence à majorité d'enseignements de santé, incluant explicitement la masso-kinésithérapie, pour la rentrée 2027.
  • Article 2 : l'expérimentation d'un accès direct en pharmacie via Parcoursup, pouvant représenter jusqu'à un tiers des places.
  • Article 3 : l'extension des options santé dans les lycées ruraux à tout le territoire, avec une obligation de formation dans chaque département à l'horizon 2030 au plus tard.

Ce que la réforme de 2027 corrige, et ce qu'elle ne corrige pas

Problème constatéRéponse de la licence portail santé
Hétérogénéité entre universitésCadrage national des blocs et liste limitative de 37 mentions
Illisibilité pour les famillesUne seule voie, un seul intitulé
Inégalité entre PASS et LASSuppression de la dualité, classement par parcours puis interclassement
Places vacantes en pharmacieExpérimentation d'un accès réservé aux candidats postulant uniquement en pharmacie, jusqu'en 2029-2030
Kinésithérapie encadrée par un texte séparé et des conventions localesEntrée dans le cadre réglementaire commun, le sigle des textes devient MMOPK
Absence de diversification socialeNon traitée directement Aucun mécanisme spécifique dans les projets de textes
Coût pour les famillesNon traité
Passerelles marginales5 pour cent des places réservées, dès bac+3

La CGT FERC Sup, au CNESER du 7 juillet 2026, a précisément reproché au projet de reproduire les fragilités du système précédent, en pointant une endogamie sociale non résolue.

Un effet de bord que la Cour des comptes signalait déjà

Le rapport de 2024 relevait l'extension de l'offre des établissements privés de préparation, désormais proposée dès le lycée. C'est une conséquence directe de l'illisibilité du système et de son coût d'entrée. La réforme de 2027 ne comporte aucune disposition sur ce point, et son effet sur ce marché reste à observer.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel était le taux de réussite en PASS et en LAS ?

Selon la Cour des comptes, en 2022, 34 pour cent des étudiants en PASS et 19 pour cent des étudiants en LAS intégraient les études de santé à l'issue de leur première année.

La réforme de 2020 a-t-elle démocratisé l'accès aux études de santé ?

Non. Le rapport sénatorial constate qu'aucune diversification sociale n'a été observée, et que la part d'étudiants issus de zones rurales a même reculé de 22 à 21 pour cent.

Combien coûte une année de PASS à une famille ?

La Cour des comptes évalue le coût d'une rentrée en PASS à près de 10 000 euros pour 2026, et celui d'une rentrée en LAS à plus de 3 900 euros.

Sources