Pourquoi le PASS et la LAS sont supprimés
Deux rapports institutionnels, l'un de la Cour des comptes en décembre 2024, l'autre du Sénat, ont documenté l'échec du dispositif né en 2020. Voici leurs chiffres.
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Ce que la réforme de 2020 promettait
En supprimant la PACES au profit du PASS et de la LAS, la réforme de 2020 poursuivait quatre objectifs affichés : réduire le gâchis humain du redoublement, diversifier les profils des futurs soignants, ouvrir des poursuites d'études aux étudiants non admis, et augmenter le nombre de professionnels formés grâce au numerus apertus, qui remplaçait le numerus clausus.
Ce que la PACES représentait
Pour mesurer le point de départ : en 2019, la dernière année de PACES concernait 57 000 étudiants pour environ 9 700 places en médecine, 1 000 en maïeutique, 1 400 en odontologie et 3 900 en pharmacie.
Le numerus apertus n'existe plus
Il a été supprimé par la loi Neuder du 27 juin 2025. Les capacités de formation des universités ne sont plus le mécanisme central : ce sont désormais les besoins de santé du territoire qui commandent, sur avis conforme des agences régionales de santé et des conseils territoriaux de santé, lesquels peuvent exiger une hausse des capacités. Le détail du cadre juridique.
Le constat de la Cour des comptes, décembre 2024
L'hétérogénéité, en chiffres
Le titre exact du rapport dit déjà l'essentiel : « L'accès aux études de santé, quatre ans après la réforme, une simplification indispensable ». La Cour relève que 29 universités sur les 36 dotées d'une UFR de santé ont combiné le PASS et la LAS, chacune avec son propre vocabulaire. En 2024, 21 % des nouveaux bacheliers ont formulé un vœu PASS ou LAS sur Parcoursup.
Les effets sur les admissions sont contrastés selon les filières : hausse en médecine de 18 % et en odontologie de 14 %, mais baisse en pharmacie de 6 % et en maïeutique de 2 %.
La Cour relève également le coût pour les familles : près de 10 000 euros pour une rentrée en PASS en 2026, plus de 3 900 euros pour une rentrée en LAS. Ces montants intègrent les frais d'inscription, le logement et, très souvent, une préparation privée.
Les recommandations de la Cour
- déployer une voie unique d'accès dès 2026 ;
- la composer de 45 à 50 ECTS de majeure santé et de 10 à 15 ECTS de mineure hors santé ;
- interdire le redoublement en première année ;
- harmoniser nationalement les LAS et fermer celles dont le taux d'admission est trop faible ;
- expérimenter un accès direct en pharmacie et en maïeutique dès 2025.
Le gouvernement n'a pas suivi la Cour sur deux points
La licence portail santé retient un bloc santé de 24 à 30 ECTS, très en deçà des 45 à 50 préconisés. Et elle réautorise le redoublement, que la Cour proposait d'interdire. Le point commun, en revanche, est la voie unique et l'expérimentation pharmacie.
Le constat du Sénat
Le rapport sénatorial accompagnant la proposition de loi relative aux formations en santé dresse un bilan plus large.
La réussite n'a progressé qu'à la marge
Avant la réforme de 2019, 12 % des étudiants intégraient les filières médicales à la première tentative. Cinq ans après, 63 % des étudiants perdent une année, contre 79 % auparavant. Le gâchis a reculé de seize points, il n'a pas disparu.
Aucune diversification sociale
C'est le constat le plus sévère, parce qu'il vise l'objectif central de la réforme. La part d'étudiants issus de zones rurales a reculé, de 22 % à 21 %. Les étudiants de LAS 1 réussissent nettement moins bien que ceux de PASS, ce qui installe une hiérarchie de fait entre les deux voies alors qu'elles étaient censées être équivalentes.
Des places vacantes et une fuite vers l'étranger
L'hétérogénéité, critique centrale
Il y a autant de déclinaisons que d'universités.
C'est cette phrase qui résume le diagnostic. Le PASS et la LAS étaient un cadre national appliqué de façon si variable qu'aucun lycéen ne pouvait comparer deux universités sur des bases équivalentes, ni anticiper ses chances réelles.
Ce que propose le Sénat
- Article 1 : une voie unique d'accès, sous forme de licence à majorité d'enseignements de santé, incluant explicitement la masso-kinésithérapie, pour la rentrée 2027.
- Article 2 : l'expérimentation d'un accès direct en pharmacie via Parcoursup, pouvant représenter jusqu'à un tiers des places.
- Article 3 : l'extension des options santé dans les lycées ruraux à tout le territoire, avec une obligation de formation dans chaque département à l'horizon 2030 au plus tard.
Ce que la réforme de 2027 corrige, et ce qu'elle ne corrige pas
| Problème constaté | Réponse de la licence portail santé |
|---|---|
| Hétérogénéité entre universités | Cadrage national des blocs et liste limitative de 37 mentions |
| Illisibilité pour les familles | Une seule voie, un seul intitulé |
| Inégalité entre PASS et LAS | Suppression de la dualité, classement par parcours puis interclassement |
| Places vacantes en pharmacie | Expérimentation d'un accès réservé aux candidats postulant uniquement en pharmacie, jusqu'en 2029-2030 |
| Kinésithérapie encadrée par un texte séparé et des conventions locales | Entrée dans le cadre réglementaire commun, le sigle des textes devient MMOPK |
| Absence de diversification sociale | Non traitée directement Aucun mécanisme spécifique dans les projets de textes |
| Coût pour les familles | Non traité |
| Passerelles marginales | 5 pour cent des places réservées, dès bac+3 |
La CGT FERC Sup, au CNESER du 7 juillet 2026, a précisément reproché au projet de reproduire les fragilités du système précédent, en pointant une endogamie sociale non résolue.
Un effet de bord que la Cour des comptes signalait déjà
Le rapport de 2024 relevait l'extension de l'offre des établissements privés de préparation, désormais proposée dès le lycée. C'est une conséquence directe de l'illisibilité du système et de son coût d'entrée. La réforme de 2027 ne comporte aucune disposition sur ce point, et son effet sur ce marché reste à observer.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel était le taux de réussite en PASS et en LAS ?
Selon la Cour des comptes, en 2022, 34 pour cent des étudiants en PASS et 19 pour cent des étudiants en LAS intégraient les études de santé à l'issue de leur première année.
La réforme de 2020 a-t-elle démocratisé l'accès aux études de santé ?
Non. Le rapport sénatorial constate qu'aucune diversification sociale n'a été observée, et que la part d'étudiants issus de zones rurales a même reculé de 22 à 21 pour cent.
Combien coûte une année de PASS à une famille ?
La Cour des comptes évalue le coût d'une rentrée en PASS à près de 10 000 euros pour 2026, et celui d'une rentrée en LAS à plus de 3 900 euros.