Ils en pensent quoi ?
Tout le monde est d'accord sur la voie unique. Le désaccord porte sur deux choses seulement : la date, et l'argent. Voici qui a dit quoi, quand, et avec quels arguments.
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Ce qu'il faut retenir
Personne ne conteste le principe. Le ministère, les doyens, l'Académie nationale de médecine et les étudiants en médecine veulent tous la fin du système à deux voies. Sur ce point, le débat est clos depuis deux ans.
Trois institutions demandent un report à 2028, et aucune ne le fait au nom du contenu de la réforme : toutes invoquent le calendrier et les moyens. Le gouvernement maintient 2027.
Le tableau des positions
| Qui | Position | Depuis |
|---|---|---|
| Ministère de l'Enseignement supérieur | Applique en 2027 | avril 2026, réaffirmé le 23 septembre 2026 |
| Conférence des doyens de médecine | Demande un report à 2028 | 25 mars 2026, réitéré depuis |
| Académie nationale de médecine | Demande un report à 2028 | avril 2026 |
| ANEMF, étudiants en médecine | Favorable à la voie unique | demande portée depuis 2023 |
| FAGE, Afneus, Fneb | Alertent sur les moyens des UFR de sciences | juillet 2026 |
| Snesup-FSU, CGT Ferc Sup, CFDT | Dénoncent la méthode et la précipitation | juillet à octobre 2026 |
Le gouvernement : « la réforme est prête »
En conférence de presse le 23 septembre 2026, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Philippe Baptiste a confirmé l'échéance de 2027 et justifié la réforme par la complexité du système actuel. Interrogé sur la centaine de premières années différentes proposées en Île-de-France, il a résumé son argument en une question :
Qui est capable d'expliquer ce maquis ?
Il a également annoncé trois éléments qui ne figurent dans aucun texte publié à ce jour, et que nous signalons comme tels :
- l'ouverture d'une quinzaine de sites supplémentaires de première année à la rentrée 2027 ;
- une enveloppe de 5 millions d'euros consacrée à la réforme ;
- à partir de la rentrée 2029, un plafond : une université ne pourra pas admettre en deuxième année de santé plus de 30 % d'étudiants issus d'une même mention disciplinaire, et notamment de « sciences pour la santé ».
Le plafond de 30 %, ou comment empêcher le PASS de renaître
Cette annonce a dérouté beaucoup de monde, y compris nous. Elle paraît absurde à première lecture : à quoi bon plafonner une voie d'accès, puisqu'il n'y en aura plus qu'une ? Elle s'éclaire dès qu'on regarde la liste des disciplines.
Parmi les mentions autorisées pour le bloc disciplinaire figure « sciences pour la santé ». C'est une licence qui existe déjà, à Grenoble, à Caen, à Saint-Étienne, à Paris Cité, en Guadeloupe, et qui sert aujourd'hui de LAS dans beaucoup d'universités. Son contenu est, par construction, entièrement tourné vers la santé.
Si rien ne l'encadrait, voici ce qui se passerait. Tous les candidats choisiraient cette mention, puisqu'elle est la plus proche de ce qu'ils veulent faire. Les universités rempliraient leurs places de médecine presque uniquement avec ces étudiants-là. Et on aurait reconstitué le PASS à l'identique, sous un autre nom : une première année entièrement santé, avec un plan B théorique que personne ne choisit.
Le plafond interdit exactement cela. En obligeant une faculté à recruter au moins 70 % de ses futurs étudiants en santé hors d'une même discipline, il force la diversification, qui est l'objectif affiché de la réforme depuis le départ. Autrement dit : il y aura bien des juristes, des matheux et des STAPS en deuxième année de médecine, non par hasard, mais parce que la règle l'impose.
Pourquoi 2029 et pas 2027 ? Parce que la première promotion entre en 2027 et ne candidate qu'en 2028. Le plafond s'appliquerait donc à partir de la deuxième vague d'admissions, en laissant un an de transition aux universités.
Notre lecture, pas celle d'un texte
Ce qui précède est notre interprétation, pas une citation. Le ministre a annoncé le plafond en conférence de presse, sans en expliquer la logique, et la presse spécialisée l'a rapporté en précisant qu'il s'agit du même plafond que pour les autres disciplines. Nous reconstituons le raisonnement, nous ne le citons pas.
Et surtout : cette règle ne figure dans aucun texte publié. Ni le décret ni l'arrêté ne sont parus. Elle peut être précisée, déplacée ou abandonnée. Nous la suivrons jusqu'à sa publication au Journal officiel, ou jusqu'à sa disparition.
Un point concerne directement les candidats d'outre-mer : en Guadeloupe, « sciences pour la santé » fait partie des neuf mentions de LAS ouvertes aujourd'hui. Si le plafond est confirmé, le choix de cette mention y deviendra moins mécaniquement payant qu'il ne l'est aujourd'hui.
Les prises de parole, une par une
De la plus récente à la plus ancienne. Chaque fiche porte sa date, sa citation et son lien de source. Cette liste s'enrichira à chaque nouvelle déclaration publique.
CFDT
Organisation syndicale
Une réforme menée dans l'urgence et la précipitation.
Le syndicat rappelle que les universités doivent intégrer leurs formations dans Parcoursup avant le 10 décembre 2026, alors que les textes ne sont pas publiés. Le reproche ne porte pas sur le contenu, mais sur l'ordre des opérations.
Source non publiée en ligne à ce jour.
Philippe Baptiste
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
Il y avait une attente forte sur la lisibilité des études de santé : la réforme est prête.
En conférence de presse, le ministre confirme l'échéance de 2027 et justifie la réforme par la complexité du système actuel, résumée par sa question sur la centaine de premières années différentes en Île-de-France : « Qui est capable d'expliquer ce maquis ? » Il annonce une quinzaine de sites supplémentaires, 5 millions d'euros, et le plafond de 30 %.
Marie-Bénédicte Romond
Snesup-FSU, syndicat des enseignants du supérieur
Cette inquiétude des UFR scientifiques est bien normale, car la réforme va bouleverser leur capacité d'accueil.
Le bloc disciplinaire doit être porté par une autre composante que la faculté de médecine. Ce sont donc les UFR de sciences, de droit et de psychologie qui absorberont les effectifs, sans avoir été dotées pour cela.
Afneus et Fneb
Associations étudiantes des filières scientifiques et de biologie
L'insoutenabilité de cette réforme pour les filières scientifiques universitaires.
Elles redoutent une saturation des salles, une réduction des travaux pratiques et dirigés, et une dégradation de l'encadrement. La Fneb demande un report pour laisser le temps d'adapter les locaux.
Julien Besch-Carrière
Vice-président de la FAGE chargé des affaires académiques
Les moyens nécessaires au déploiement d'une telle réforme structurelle qui touche l'ensemble des formations de l'université.
La FAGE ne conteste pas la réforme mais son périmètre budgétaire : elle ne touche pas que la faculté de médecine, elle touche toute l'université.
CNESER
Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche
Adoptés, avec 44 et 46 élus refusant de prendre part au vote.
Les projets de décret et d'arrêté ont bien été adoptés. Mais la majorité des représentants de la communauté universitaire a choisi de ne pas se prononcer. L'adoption est réelle, l'adhésion ne l'est pas.
Académie nationale de médecine
Institution consultative
La mise en œuvre de cette réforme à la rentrée 2027 serait prématurée.
L'Académie est favorable à la voie unique, mais recommande 2028. Son argument est démographique : entre 2019 et 2022, le nombre d'étudiants en médecine a augmenté de 18,5 % pendant que celui des enseignants diminuait. Réformer l'accès sans renforcer l'encadrement aggraverait un problème existant.
Conférence des doyennes et doyens de médecine
Présidée par la professeure Isabelle Laffont
Une réforme non soutenable financièrement, et à haut risque de désorganisation pédagogique.
Les doyens soutiennent le retour à une première année unique. Ce qu'ils contestent, c'est la possibilité de la mettre en œuvre dans le temps imparti et avec les moyens annoncés. Ils posent trois conditions : simplification, lisibilité, faisabilité. Leur demande de report a été formalisée par courrier aux ministères le 25 mars 2026, et réitérée depuis.
ANEMF
Association nationale des étudiants en médecine de France, présidée par Marion Da Ros Poli
Les étudiants portent cette demande de voie unique depuis près de deux ans et demi.
C'est le point que les articles sur « la fronde » omettent : les premiers concernés ont demandé la réforme. Leur réserve principale porte ailleurs, sur l'absence de cadrage national des oraux, qui laisse chaque université libre d'en organiser et crée une inégalité entre candidats selon la ville.
Source non publiée en ligne à ce jour.
Ce que ça change pour un candidat de 2027
Rien, pour l'instant. Aucune de ces prises de position n'a de valeur contraignante, et le gouvernement n'a jamais varié sur la date.
Mais deux choses méritent votre attention. D'abord, un report reste possible tant que les textes ne sont pas publiés, et il le restera jusqu'à leur parution au Journal officiel. Ensuite, les inquiétudes sur les moyens portent très concrètement sur vos conditions d'études : le nombre d'étudiants par amphithéâtre, l'existence de travaux dirigés, l'encadrement. C'est un sujet qui vous concerne directement, même si personne ne vous le présente ainsi.
Le compte officiel
Nous suivre au jour le jour
Nous publions sur Instagram les mouvements du dossier au fur et à mesure : publication des textes, capacités d'accueil, modalités annoncées par les universités. Même méthode qu'ici, chaque chiffre avec sa source.
@licenceportailsante sur InstagramPour aller plus loin
Questions fréquentes
Qui demande le report de la réforme à 2028 ?
Trois institutions principalement : la Conférence des doyennes et doyens de médecine, par courrier du 25 mars 2026 réitéré depuis, et l'Académie nationale de médecine, dans un communiqué d'avril 2026. La Fneb, qui fédère les étudiants en biologie, le demande également. Aucune ne conteste le principe de la voie unique : toutes invoquent le calendrier et les moyens.
Pourquoi plafonner à 30 % les étudiants de « sciences pour la santé » s'il n'y a plus qu'une seule voie ?
Parce que la voie est unique, mais le choix de la discipline ne l'est pas. « Sciences pour la santé » est l'une des mentions autorisées pour le bloc disciplinaire, et son contenu est entièrement tourné vers la santé. Sans plafond, tous les candidats la choisiraient et les universités rempliraient leurs places de médecine avec ces seuls étudiants : le PASS serait reconstitué sous un autre nom. En imposant qu'au moins 70 % des admis viennent d'autres disciplines, le plafond force la diversification. Attention, cette règle a été annoncée en conférence de presse et ne figure dans aucun texte publié à ce jour.
Les étudiants en médecine sont-ils contre la réforme ?
Non. L'ANEMF, qui les représente, soutient le principe de la voie unique et rappelle qu'elle le demande depuis près de deux ans et demi. Sa réserve principale porte sur l'absence de cadrage national des oraux, qui laisse chaque université libre d'en organiser, et crée une inégalité entre candidats selon la ville.
Combien coûte la réforme ?
Les deux chiffres publics diffèrent d'un facteur dix. La Cour des comptes a estimé à 50 millions d'euros le coût de mise en œuvre d'une telle réforme. Le ministère annonce une enveloppe de 5 millions d'euros. C'est l'objet central du désaccord avec les doyens, qui jugent la réforme « non soutenable financièrement ».
La réforme peut-elle encore être reportée ?
Oui, tant que le décret et l'arrêté ne sont pas publiés au Journal officiel. Au 3 octobre 2026, ils ne le sont pas. Le gouvernement n'a toutefois jamais varié sur l'échéance de 2027, et les projets de textes ont été adoptés au CNESER le 7 juillet 2026.
Sources
- Egora, « Pass/LAS : la réforme est prête et sera appliquée dès la rentrée 2027 », 24 septembre 2026 (conférence de presse de Philippe Baptiste du 23 septembre)
- Egora, « Accès aux études de santé : les doyens alertent sur une réforme non soutenable financièrement », 2 avril 2026
- Académie nationale de médecine, communiqué « Pour une révision réfléchie et soutenable des modalités d'entrée dans les études de médecine », avril 2026
- L'Étudiant, « Réforme Pass/LAS : dans les UFR de sciences, le déploiement de la licence portail santé inquiète », 21 juillet 2026
- AEF info, « Le système Pass/LAS sera remplacé par une licence portail santé en 2027 » (projets de décret et d'arrêté, vote du CNESER du 7 juillet 2026)